Joyeux Bordel de tout et rien ; La scène (I)

______________________________Le dernier Blabla et autres futilités date de juillet 2015. De Jui-llet !
______________________________Du coup, hier, en faisant le tri de mes textes (mon ordinateur est un bazar
________________organisé)
, et en « retravaillant » (la nana qui se la raconte, tu sais) celui-ci, je me suis dit
________________qu’après tout, je pouvais le partager, en attendant une nouvelle chronique, bien sûr.
______________________________Au départ, je voulais l’appeler « en quête de reconnaissance », ou disons
________________
« la (re)connaissance d’un con », mais je me suis dit qu’on frôlait la vulgarité…
________________La scène (I) se suffisait. (puisqu’il y a la scène II, oui, oui.)

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La Scène (I)

_________Trois minutes.
_________Trois minutes, c’est le temps qu’il faut à l’anticipation pour s’installer. C’est aussi le temps qu’il faut à la peur pour s’ancrer. Ce sentiment qui se saisit autant de votre corps que de votre esprit. Je ne suis plus apte à réfléchir sciemment, d’ailleurs fut-ce le cas un jour ? Je ne sais plus. Tout se mélange, tout se dissipe. C’est presque si je me souviens de mon nom, du pourquoi, ou du reste. Ni même du nombre, des dates, ou de l’orthographe de nos amours funestes.
_________Trois minutes. Trois minutes avant le verdict. Trois minutes avant le jugement. Ou deux heures peut-être, j’hésite. Trois minutes avant que tout se passe, ou que tout casse. Ce temps à la fois si court, si long. L’intense.
__________Il aura fallu des années. Des années pour mettre tout ceci en place. Une année de plus. Oui, une autre. Des années où j’ai appris, créé, modifié, oublié, recommencé, convaincu, et réalisé ce qu’il va suivre. Je me suis une nouvelle fois donnée ; corps et âme, à corps et à hurlements. Pourquoi ai-je fait cela ? Rappelle-le-moi. Rappelez-le-moi!
_________Le geste. Une minute. Trente secondes. Cinq, quatre, trois…

_________Le brouhaha, puis le noir. Ce sombre laisse place à un écran, puis le silence. Tout le monde se concentre, tout le monde attend. Vient une voix. Vient un piano – en fond ; il habille ces images et ces mots par touche, par délicatesse. C’est lent. Délicieusement lent. Cette bouche qui articule chaque mot. Chaque phrase. Les photographies qui se succèdent. Noir et blanc. Ombre et lumière. Ces lèvres et ce violon rejoignent leur piano, puis la batterie. Ensemble. Tout s’accélère. La voix devient plus grave, plus profonde. Les images retrouvent leur couleur. Du rouge. Du bleu. Du vert. Plus vives. Plus denses. Ces images se suivent, changeantes, aléatoires. Elles tentent de raconter des histoires. Une, principalement. Entre zoom et ralentis sur des émotions ; les miennes. Il y a des hurlements, des cris, une folie, électrique ou euphorique. La foule. La musique se saisit du corps à l’écran. Du public dans la salle. Du néant ; le mien.
_________Il y a ces mouvements ; de bras, de cheveux, de rubans, de tissus. Le vent qui souffle ; métaphore de l’angoisse qui bouscule ou m’a bousculé, qui m’a possédé ou me possède encore, je ne sais jamais. Toujours ces instruments. Assemblés. Entre symbiose et symbolique parfaites ou idylliques d’un cocktail de démons intérieurs survoltés. Tous, font danser la chaire de celle que je suis ou celle que j’étais. Un passé, un présent, qu’importe. L’agora.
Puis il y a ces corps dans la salle, statiques, concentrés. Je les vois, les espionne, les observe. Concentrés sur cette musique ; poésie de la douleur. Ils y croisent mon regard, à l’écran. J’essaie de faire vivre, ressentir, l’invivable aux yeux des vivants. Un regard noir ou marron, juste des yeux perdus, perdus par la peur, perdus par l’angoisse. Sans couleur. Sans prévenir, le rythme, le piano, la batterie, s’éteignent. L’image n’est plus. Ne reste que l’apnée. Puis un silence. Blême.
_________Les photographies reviennent noires, blanches. Il y a cette larme qui coule puis qui remonte. Le Rimmel qui se fraye un chemin sur la joue; qui danse, s’efface, réapparaît, puis disparaît. Ça recommence. Encore. Et Encore. Il y a ces yeux qui se ferment, s’ouvrent, se referment, encore, et toujours. Il y a ce texte ; il y a ces mots qui ont été écrits, ces mots qui ont jailli sur du papier, il y a, pour certains, déjà quelques années. Ces mots qui m’ont poussé à la souffrance, et qui, aujourd’hui, sont poussés aux cris. En cette soirée, ou en cette nuit. Il y a ces mots chuchotés, inspirés, murmurés à l’oreille de chaque personne assise dans cette salle. Pour vous. Pour moi. Pour eux.
_________Dans le fond, de mes pages ou de ce théâtre, c’est comme ça que j’ai osé l’imaginer, l’espérer, ou le construire. J’ai réussi.
_________J’ai réussi.
_________Silence
_________Sur la scène, projetée, l’immobilité règne. Sur trois dernières notes d’un piano fatigué, la fin s’imprègne. Un dernier mouvement sur cet écran des lamentations. La dernière inspiration, puissante. Un titre apparaît.

34 réflexions sur “Joyeux Bordel de tout et rien ; La scène (I)

    • Quaidesproses dit :

      Ah, ce commentaire me fait bien plaisir, il faut savoir que j’ai eu un long débat avec moi-même sur cette phrase qui, à la base, n’y es pas, mais qui me paraissait peut-être nécessaire sur le blog (puisque le texte est sorti de son contexte). Du coup, bah je l’enlève !
      Merciii pour ce conseil ! (et de me lire)

      Aimé par 1 personne

  1. flyingelectra dit :

    Très joli textes ! J’adore ton style,très visuel et tu réussis à faire monter la tension ! et quel portrait ! Bref, ravie que tu ressortes de ton ordi/placard ces textes !

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